Liée dès son origine à la République, l’École avait pour mission de former des citoyens. Dans une France à forte dominante rurale, faiblement scolarisée et où la langue française était loin d’être majoritaire, l’ambition d’instruire les enfants à cette fin supposait de les séparer et de les protéger des "mauvaises influences" et des "ingérences" des pouvoirs locaux, des prélats, des patrons et du milieu familial – certains à l’époque rêvent même de "faire envahir les familles par l’école"[1]. L’École s’est ainsi construite contre les familles[2]. 

C’est seulement à partir du XXe siècle que les parents vont acquérir une reconnaissance et obtenir des droits qui vont leur permettre de siéger dans les différentes instances et commissions créées au sein des écoles et des établissements scolaires. En 1968, ils entrent au conseil d’administration et au conseil de classe pour les collèges et les lycées ; en 1977, ils siègent au conseil d’école. Ainsi la place reconnue des parents par l’École se produit en même temps que se développe la massification scolaire lors de la mise en place progressive du collège unique.

Deux lois récentes rappellent la nécessité d’associer les parents au fonctionnement de l’École et d’en faire des partenaires à part entière de la communauté éducative. Il s’agit de la loi d’orientation sur l’éducation du 10 juillet 1989 et de celle d’orientation et de programmation pour la refondation de l’École de la République du 8 juillet 2013. Cette dernière entend même renforcer la coopération entre les parents et l’École. L’article L.111-1 dans sa nouvelle rédaction précise ainsi : "L’école se construit avec la participation des parents, quelle que soit leur origine sociale". C’est aussi dans cet esprit que se comprend la circulaire interministérielle du 15 octobre 2013 relative au renforcement de la coopération entre les parents et l’école dans les territoires.

[1] P. Kergomard, L’éducation maternelle dans l’école, Paris, Hachette, 1886.

[2] "En France, la langue du peuple est incorrecte et sans élégance. Nous ne tolérerons rien qui soit radicalement contraire aux règles de la langue ; et nous commencerons ce redressement dès que nous recevrons l’enfant des mains de sa mère" (Marie Pape-Carpentier, 1876).

Tous les parents sont membres de la communauté éducative

Les parents sont tenus régulièrement informés des résultats et du comportement scolaires de leurs enfants (D.111-2 du code de l’éducation). Assurer l’effectivité de ce droit d’information reconnu à tous les parents est un des leviers du renforcement de la coopération avec les parents. Il prévoit notamment des invitations régulières des parents à venir échanger individuellement ou collectivement sur les sujets intéressant la scolarité de leur enfant et la vie de l’établissement. Il implique aussi de veiller à l’utilisation d’un langage clair et accessible et de recourir à des supports de communication adaptés.

Pour exercer leur droit de participation, les parents sont encouragés à participer aux activités conduites par les associations de parents d'élèves et aux élections de leurs représentants. Les directeurs d'école et les chefs d'établissement, avec l'aide de leurs équipes, informent les parents d'élèves de l'importance et des enjeux de ces élections et prennent toutes les dispositions utiles afin de faciliter leur participation.

L’ensemble de ces mesures doit trouver sa cohérence dans le cadre du projet d’école ou du projet d’établissement. Les parents et leurs représentants sont ainsi associés à l'élaboration d'un diagnostic partagé des besoins et des attentes de la communauté éducative, fondé sur les spécificités du territoire, en vue de définir :

  • le projet d'école ou d'établissement, en particulier ce qui concerne les relations avec les familles ;
  • les actions du comité d'éducation à la santé et à la citoyenneté (2nd degré ou interdegrés lorsqu'il existe).

Dans le 2nd degré, un bilan des actions menées à destination des parents est présenté au conseil d'administration de l'établissement.

La co-éducation pour impulser les conditions d’une coopération utile avec les parents 

Avec les parents, qui pour certains se sentent écartés et illégitimes face à la culture scolaire, l’École doit patiemment bâtir et entretenir une relation qui assure une meilleure connaissance mutuelle, en s’abstenant de tout jugement. L’élève doit pouvoir vivre sa scolarité sereinement à l’abri de conflits de loyauté douloureux. Il doit pouvoir compter sur l’alliance de ses deux univers, familial et scolaire, qui participent tous deux à sa construction et à son développement. Par ailleurs, l’École est partie intégrante d’un territoire de vie où doivent se construire cohérence et complémentarité des professionnels dans le respect du rôle de chacun. Ces coopérations de l’École avec ses partenaires doivent lui permettre de se concentrer sur son cœur de métier tout en créant les synergies positives pour la réussite scolaire des élèves.

Elle repose sur une démarche volontariste des écoles et des établissements et, sur la nécessaire prise en compte des difficultés et des questions des parents. Elle implique de sensibiliser l'ensemble de l'équipe éducative aux principes et aux modalités d'information et de dialogue avec les parents, en particulier à l'occasion  de la rentrée scolaire.