Malgré nous, notre posture professionnelle et ce que nous représentons aux yeux des parents rendent la relation que nous avons avec eux nécessairement déséquilibrée et, sans que nous en soyons conscients, nous tenons à leur endroit un "discours d’autorité" qui pointe souvent leurs prétendus déficits ou carences éducatives par rapport à une norme scolaire qui est socialement la nôtre. Ce jugement moral sur la manière dont ces parents tiennent leur rôle éducatif revêt une dimension compassionnelle voire culpabilisante ou méprisante, ou est ressentie comme telle.

Très, voire trop conscients de ce que représente l’école pour leurs enfants, ces parents-là subissent une pression normative de l’École sans pouvoir y répondre n’en maîtrisant ni les attentes, ni les codes, ni les règles de l’échange. Démunis, ils se sentent impuissants et disqualifiés aux yeux non seulement des personnels de l’éducation mais aussi de leurs propres enfants. Ils désinvestissent l’école non pas parce qu’ils s’en désintéressent mais parce qu’ils ne sentent pas autorisés, ni légitimes à y intervenir. 

Pour sortir de ce différend, et pour répondre à la diversité sociale des familles sans pour autant les assigner socialement en les stigmatisant, il convient de changer notre regard, de déconstruire nos stéréotypes et pour ce faire, d’apprendre à mieux se connaître – eux et nous, eux avec nous.

POUR UNE APPROCHE GÉNÉRALE DE COMPRÉHENSION ENVERS LES PARENTS

Comprendre, c’est tenter de saisir le sens subjectif de l’action de chacun, qu’il soit individu ou institution. C’est, pour ce qui nous concerne, essayer d’appréhender, du mieux que l’on peut, les intérêts, les logiques, les attentes des parents. Cela suppose de se décentrer par rapport à notre posture d’expert tout en conservant notre positionnement de professionnel. C’est tenter d’entrer, autant que faire se peut, dans la subjectivité des parents.

Cette prise de distance par rapport à notre rôle habituel doit permettre d’être réellement à l’écoute et d’accueillir positivement la parole des parents sans pour autant y souscrire. C’est maintenir à leur endroit une exigence tout en étant bienveillant, c’est-à-dire sans faire preuve de complaisance ni de condescendance. C’est être dans une relation d’adulte à adulte où ce que dit l’autre a toute sa valeur, toute son utilité, donc toute sa place. C’est être dans l’échange, non dans le jugement.

LES FACTEURS FAVORABLES POUR CONSTRUIRE LA COOPÉRATION AVEC LES PARENTS

L’article L. 111.1 du code de l’éducation précise que "pour garantir la réussite de tous, l’école se construit avec la participation de tous les parents, quelle que soit leur origine sociale. Elle s’enrichit et se conforte par le dialogue et la coopération de tous les acteurs de la communauté éducative".

La perception d’une responsabilité partagée

Il s’agit de reconnaître que chacun partage avec l’autre une même responsabilité : celle de construire ensemble un projet de vie pour et avec le jeune, lequel ne se réduit pas au seul projet scolaire même s’il l’inclut nécessairement.

La reconnaissance mutuelle du rôle et du périmètre des compétences de chacun

C’est la nécessité de reconnaître chez l’autre les compétences qui sont les siennes, son caractère spécifique (l’École n’est pas la famille, et vice versa) et son utilité pour sécuriser le jeune dans ses capacités, dans ses potentialités aussi.

Le respect de la parole de chacun

C’est l’acceptation de la pertinence et de l’utilité du regard porté par chacun sur la situation du jeune. Ceci doit permettre de créer un dialogue respectueux, confiant et serein permettant d’aider le jeune à "s’individualiser" sans culpabilité à l’égard de ses parents et de lui permettre de devenir adulte.

Changer de posture à l’égard des parents d’élèves, c’est rendre possible leur participation en installant les conditions d’une relation de confiance, d’un respect mutuel et d’un dialogue serein, avec tous les parents et plus particulièrement les parents les plus éloignés de la culture scolaire, dont les enfants constituent la grande majorité des élèves les plus en difficultés scolaires.